Pourquoi les méthodes de recrutement classiques ne fonctionnent plus dans le secteur pharmaceutique

Nicolas Grancher • 15 août 2025

La fin d’un modèle RH dépassé


Pendant des décennies, le recrutement dans l’industrie pharmaceutique a reposé sur un modèle aussi rigide qu’industriel : fiche de poste générique, tri de CV, entretien RH, validation métier, décision hiérarchique. Un parcours linéaire, souvent long, impersonnel et déconnecté des réalités humaines du poste.


Mais ce modèle, hérité d’un autre temps, ne tient plus face aux défis contemporains.

Entre la raréfaction des talents, la transformation numérique, l’émergence de nouveaux métiers hybrides et les attentes renouvelées des candidats, le recrutement pharma doit être repensé dans sa globalité. Il ne s’agit plus de filtrer, mais de séduire. Plus de contrôler, mais de construire une relation de confiance.


Voici 7 raisons clés pour lesquelles les méthodes traditionnelles sont devenues obsolètes dans l’industrie pharmaceutique – et ce que vous pouvez faire pour évoluer.


1. Une pénurie de talents qui redéfinit les règles


Le déséquilibre entre offre et demande


La croissance des biotechs, l’intensification des essais cliniques, les innovations en thérapie génique ou cellulaire et les exigences réglementaires croissantes provoquent une explosion des besoins… sans que l’offre de talents ne suive.


Certaines fonctions comme :


- Les affaires réglementaires

- La pharmacovigilance

- La biostatistique

- Le data management

… sont devenues structurellement pénuriques, avec parfois moins d’un profil disponible pour trois postes ouverts.


L’émergence des profils hybrides


La montée en puissance des outils numériques a fait émerger des profils transversaux : scientifiques + data, médecins + gestion de projet, chercheurs + communicants.


Or, les grilles classiques de recrutement, trop focalisées sur des critères rigides (école, années d’expérience, titres de poste) ne permettent pas d’identifier ces profils à haut potentiel, souvent atypiques.


2. Des attentes candidates radicalement transformées


Plus de sens, moins de hiérarchie


Les nouvelles générations ne veulent pas seulement travailler dans la pharma, elles veulent comprendre à quoi elles contribuent. Une entreprise dont la mission est claire, visible et authentique attire davantage qu’un grand nom dépourvu de vision humaine.


Aujourd’hui, un candidat se pose des questions comme :


- Quelle est l’utilité sociale de mon rôle ?

- Mon manager m’écoute-t-il vraiment ?

- Est-ce que je vais apprendre et évoluer ici ?


La recherche d’un équilibre sain


Les modèles “présentiel obligatoire, horaires rigides, reporting systématique” ne font plus recette. Les candidats pharma attendent :


- De la flexibilité (télétravail, horaires adaptables)

- De la reconnaissance (même en dehors des résultats techniques)

- De la clarté sur les perspectives d’évolution


Les annonces qui ne précisent rien de tout cela passent désormais totalement à côté de leur cible.


3. Des process trop lents et trop rigides


Le “time to hire” est devenu un facteur critique


Un processus trop long coûte aujourd’hui un recrutement. 70 % des talents pharma acceptent une autre offre pendant qu’ils attendent une réponse (source : LinkedIn Talent Trends).


Les causes fréquentes :


- Multiplication des entretiens

- Décideurs absents ou surchargés

- Manque de coordination RH/métiers


Un délai de réponse supérieur à 10 jours fait chuter drastiquement l’intérêt du candidat, voire détruit sa perception de l’entreprise.


Des critères d’évaluation déconnectés


Exiger 7 ans d’expérience là où 3 suffisent, écarter un candidat qui n’a pas le “bon diplôme” mais toutes les compétences : ce genre de logique empêche l’innovation RH.


4. Des outils RH inadaptés aux nouveaux usages


Les canaux traditionnels sont saturés


Les annonces postées sur les plateformes classiques (Indeed, APEC, Monster) génèrent un grand volume de candidatures, mais peu de profils réellement qualifiés.


Les talents les plus recherchés sont ailleurs :


- Sur LinkedIn, dans des groupes spécialisés

- Dans les réseaux alumni

- Via le bouche-à-oreille ou les événements professionnels


Les attentes en matière d’expérience candidat ont évolué


Aujourd’hui, un candidat attend :


- Une prise de contact rapide

- Un process digitalisé et fluide

- Des retours personnalisés, même en cas de refus


Une entreprise qui ne répond pas dans les délais, ou qui envoie des réponses automatiques impersonnelles, perd en attractivité immédiate.


5. Une marque employeur devenue indispensable


Le poste ne fait plus tout


Un bon salaire et une fiche de poste attractive ne suffisent plus. Les candidats veulent une expérience, une vision, une communauté. Ils cherchent à comprendre :


- Ce qui fait la culture interne

- Comment les collaborateurs sont traités

- Quelle place est laissée à l’initiative ou à la créativité


L’impact des avis en ligne est massif


Les candidats consultent :


- Glassdoor

- Indeed

- Les témoignages LinkedIn


Une entreprise mal notée, perçue comme toxique ou rigide, voit son vivier de candidats se réduire considérablement.


6. L’évolution des soft skills en pharma


Les soft skills sont devenus stratégiques


La pharma est de plus en plus :


- Collaborative (projets transverses)

- Agile (réorganisations fréquentes)

- Internationale (équipes multi-pays)


Les compétences attendues ne se limitent plus à l’expertise scientifique. Aujourd’hui, on recherche des collaborateurs :


- Capables de s’adapter rapidement

- À l’aise dans des environnements complexes

- Communiquant efficacement


Des outils d’évaluation inadaptés


Les QCM ou tests de personnalité traditionnels ne permettent pas de détecter ces qualités.

Des alternatives efficaces :


- Mises en situation réelles ou simulées

- Feedback croisé avec les équipes

- Outils d’analyse comportementale contextualisée (ex. : AssessFirst, PerformanSe)


7. Une culture managériale souvent en décalage


Le modèle hiérarchique rigide pose problème


La plupart des entreprises pharma sont encore très verticales, avec un management descendant. Ce modèle ne correspond plus aux attentes actuelles, surtout chez les jeunes talents.


Les collaborateurs attendent :


- Un leadership inspirant

- De la co-construction

- Du feedback régulier


Les entretiens annuels ne suffisent plus


Aujourd’hui, un RH ou un manager doit être capable de :


- Écouter en continu

- Donner des retours constructifs fréquents

- Adapter les rôles aux forces réelles des collaborateurs

Conclusion : il est temps de réinventer le recrutement pharma


La situation actuelle n’est pas un échec, mais une opportunité stratégique.

En repensant les fondations de votre processus de recrutement, vous pouvez :


- Attirer des profils rares

- Réduire le turnover

- Renforcer votre marque employeur


Il ne s’agit plus de faire plus vite, mais de faire mieux. Avec plus de sens, plus d’écoute, plus d’agilité.

FAQ

  • Pourquoi les talents pharma sont-ils si difficiles à recruter aujourd’hui ?

    Le nombre de profils qualifiés ne suit pas la courbe des besoins. Les métiers évoluent vite, les exigences sont fortes, et les talents veulent plus qu’un poste : une mission.

  • Que reprochent les candidats aux processus classiques ?

    Ils trouvent les process trop longs, impersonnels et rigides. Ils veulent plus de transparence, de rapidité et une vraie interaction humaine.

  • Quelle est l’alternative aux entretiens traditionnels ?

    Des formats collaboratifs, comme :

    • Des mises en situation réelles

    • Des échanges avec l’équipe future

    • Des entretiens “flash” plus souples, suivis de feedback rapide


  • La marque employeur est-elle vraiment un critère de décision ?

    Oui. Plus de 70 % des candidats pharma considèrent les avis en ligne et la réputation interne avant de postuler.

  • Comment attirer des profils scientifiques vers des fonctions hybrides ?

    En valorisant :

    • Les passerelles internes

    • Les formations continues

    • Les témoignages de collaborateurs ayant évolué


  • Faut-il externaliser son recrutement pharma ?

    C’est pertinent si vous manquez de temps ou d’expertise. Mais l’externalisation ne doit jamais faire oublier la transmission de votre ADN culturel.

par Nicolas Grancher 30 janvier 2026
An interview in the pharmaceutical industry rarely leaves candidates indifferent. Even experienced professionals, accustomed to demanding environments, often walk away with a mix of relief, doubt, and unanswered questions. “Was I clear enough?” “Did I say what I was supposed to say?” “Was it too formal? Not formal enough?” “Did we have the right feeling?” These questions are universal. Yet, they are rarely voiced. In a sector as rigorous as the pharmaceutical industry, emotions tend to have little space in the official discourse, even though they are omnipresent in candidates’ real experiences. This article aims to put words to what candidates truly go through during an interview, in order to better understand it, reduce unnecessary anxiety… and regain a sense of control over the experience. Immediate tension: being assessed without losing credibility From the very first minutes, many candidates experience a familiar sensation: the tension of being evaluated. Interviews are often structured, highly framed, and sometimes very technical. The setting is established quickly: competencies, responsibilities, compliance, processes. This framework can create a paradoxical feeling: - on one hand, it is reassuring (you know what to expect), - on the other, it is pressurising (you feel observed and analysed). Many candidates experience: - fear of giving an approximate answer, - concern about not being “at the expected level,” - the feeling that every word matters. This tension is normal. It does not indicate a lack of competence or poor preparation. It reflects an environment where mistakes carry a high cost. The weight of formality: between respect and distance Another frequent feeling is formality. In the pharmaceutical sector, interviews are often: - highly structured, - minimally improvised, - conducted by several interviewers. For some candidates, this framework feels safe. For others, it creates a sense of relational distance. Many candidates internally ask themselves: - “Can I be myself?” - “Should I stay strictly factual?” - “Is it appropriate to show my motivation?” This internal questioning can lead to significant mental fatigue. Candidates constantly juggle between who they are and who they believe they should appear to be. The strange feeling of constantly having to “prove” oneself Even for experienced profiles, interviews often revive a familiar sensation: the need to justify oneself. To justify: - career choices, - transitions, - periods of doubt, - technical limitations. Some candidates feel a sense of unfairness: “My career path is coherent why do I still have to defend it?” This feeling is particularly strong in a sector that values stability, compliance, and linear progression. Atypical career paths, although increasingly common, often require more explanation. Post-interview doubt: a universal experience Once the interview is over, another phase begins: the internal debrief. In the hours or days that follow, many candidates replay the conversation mentally: - a response they could have phrased differently, - a question they misunderstood, - a moment of hesitation. This doubt is amplified by two factors common in the pharmaceutical sector: - long response times, - limited or no detailed feedback. When information is missing, interpretation takes over. And interpretation fuels self-criticism. The “feeling”: a source of hope… and anxiety The feeling plays an ambiguous role in the candidate experience. When the exchange is smooth, human, and respectful, candidates often leave feeling hopeful. When it is colder or very formal, anxiety sets in. What many candidates don’t realise is that: - a very formal interview is not necessarily a negative signal, - a good interaction does not guarantee a positive decision. From the recruiter’s perspective, “feeling” does not always mean immediate alignment. It may simply reflect a highly standardised professional framework. The fear of not having been “enough” - Clear enough. - Precise enough. - Technical enough. - Convincing enough. This fear is particularly strong among candidates who: - compare themselves to others, - are aware of market tension, - know that similar profiles are competing for the role. It can create a lingering impression of never doing enough, even when the background is solid. What candidates rarely realise… but is very real  One important point deserves to be stated clearly: there is uncertainty on the recruiter’s side as well. Recruiters and hiring managers in the pharmaceutical sector: doubt - compare, - hesitate, - arbitrate. Silence or hesitation is not always linked to a negative impression. More often, it reflects the complexity of the decision-making process. How to better navigate the interview experience While not all parameters are within a candidate’s control, some levers can help: Accept discomfort Discomfort is part of the process. Resisting it only increases tension. Focus on clarity rather than performance Being understandable is more valuable than being impressive. Remember that an interview is a two-way meeting You are also assessing the environment, the team, and the culture. Avoid overinterpreting immediately afterward Let emotions settle before drawing conclusions. Regaining agency as a candidate Putting words to what you feel helps reduce confusion. Realising that these emotions are widely shared makes it easier to put things into perspective. An interview is not a verdict on your professional worth. It is one step, in a specific context, at a specific moment in time.
par Nicolas Grancher 30 janvier 2026
Un entretien dans l’industrie pharmaceutique laisse rarement indifférent. Même les profils expérimentés, habitués aux environnements exigeants, en ressortent souvent avec un mélange de soulagement, de doute et d’interrogations. « Est-ce que j’ai été assez clair·e ? » « Est-ce que j’ai dit ce qu’il fallait ? » « Est-ce que c’était trop formel ? Pas assez ? » « Est-ce que j’ai eu le bon feeling ? » Ces questions sont universelles. Pourtant, elles sont rarement exprimées. Parce que dans un secteur aussi rigoureux que le pharmaceutique, les émotions ont peu de place dans le discours officiel , alors qu’elles sont omniprésentes dans l’expérience réelle des candidats. Cet article propose de mettre des mots sur ce que vivent vraiment les candidats lors d’un entretien, afin de mieux comprendre, de dédramatiser… et de reprendre un peu de maîtrise sur l’expérience. Une tension immédiate : être évalué sans perdre sa crédibilité Dès les premières minutes, une sensation s’installe chez beaucoup de candidats : la tension de l’évaluation . Les entretiens sont souvent structurés, cadrés, parfois très techniques. Le décor est posé rapidement : on parle compétences, responsabilités, conformité, processus. Ce cadre peut générer un sentiment paradoxal : d’un côté, il rassure (on sait à quoi s’attendre), de l’autre, il met sous pression (on se sent observé, analysé). Beaucoup de candidats ressentent alors : la peur de dire une approximation, la crainte de ne pas être “au niveau attendu”, l’impression que chaque mot compte. Cette tension est normale. Elle ne signifie ni un manque de compétence, ni un défaut de préparation. Elle est le reflet d’un environnement où l’erreur a un coût élevé . Le poids du formalisme : entre respect et distance Un autre ressenti fréquent est celui du formalisme . Dans le secteur pharmaceutique, les entretiens sont souvent : très structurés, peu improvisés, menés par plusieurs interlocuteurs. Pour certains candidats, ce cadre est sécurisant. Pour d’autres, il crée une forme de distance relationnelle. Beaucoup se demandent alors : « Est-ce que je peux être moi-même ? » « Est-ce que je dois rester très factuel·le ? » « Est-ce que montrer mes motivations est approprié ? » Ce questionnement interne peut générer une fatigue mentale importante. Le candidat jongle en permanence entre ce qu’il est et ce qu’il pense devoir montrer . Le sentiment étrange de devoir “prouver” en permanence Même pour des profils expérimentés, l’entretien ravive souvent une sensation bien connue : devoir se justifier . Justifier : ses choix de carrière, ses transitions, ses périodes de doute, ses limites techniques. Certains candidats ressentent une forme d’injustice : « Mon parcours est cohérent, pourquoi dois-je encore le défendre ? » Ce sentiment est d’autant plus fort que ce secteur valorise la stabilité, la conformité et la progression linéaire. Les parcours atypiques, bien que de plus en plus fréquents, demandent souvent plus d’explications. Le doute après l’entretien : un classique universel Une fois l’entretien terminé, une autre phase commence : le débrief intérieur . Dans les heures ou les jours qui suivent, beaucoup de candidats repassent mentalement l’échange : une réponse qu’ils auraient pu formuler autrement, une question mal comprise, un moment de flottement. Ce doute est amplifié par deux éléments fréquents dans notre secteur: des délais de réponse longs, peu de feedback détaillé. L’absence d’information laisse place à l’interprétation. Et l’interprétation nourrit l’auto-critique. Le feeling : une source d’espoir… et d’inquiétude Le feeling occupe une place ambiguë dans le ressenti candidat. Quand l’échange est fluide, humain, respectueux, beaucoup repartent avec de l’espoir. Quand il est plus froid ou très formel, l’inquiétude s’installe. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que : un entretien très formel n’est pas forcément un mauvais signal, un bon échange ne garantit pas une décision positive. Le feeling, côté recruteur, ne signifie pas toujours adhésion immédiate. Il peut simplement refléter un cadre professionnel très normé . La peur de ne pas avoir été “assez” Assez clair·e. Assez précis·e. Assez technique. Assez convaincant·e. Cette peur est particulièrement forte chez les candidats qui : se comparent beaucoup, connaissent la tension du marché, savent que d’autres profils similaires sont en lice. Elle peut générer une impression diffuse de ne jamais en faire assez , même lorsque le parcours est solide. Ce que les candidats ressentent rarement… mais qui est pourtant réel Un point important à rappeler : côté recruteur aussi, il y a de l’incertitude. Les recruteurs et managers du secteur pharmaceutique : doutent comparent, hésitent arbitrent. Le silence ou l’hésitation ne sont pas toujours liés à une mauvaise impression. Ils sont souvent liés à la complexité de la décision. Comment mieux vivre l’expérience d’entretien Sans pouvoir contrôler tous les paramètres, les candidats peuvent agir sur certains leviers : 1. Accepter la part d’inconfort L’inconfort fait partie de l’exercice. Le refuser augmente la tension. 2. Se concentrer sur la clarté plutôt que la performance Être compréhensible vaut mieux qu’être impressionnant. 3. Se rappeler que l’entretien est une rencontre Vous évaluez aussi l’environnement, l’équipe, la culture. 4. Ne pas surinterpréter à chaud Laissez retomber l’émotion avant de tirer des conclusions. Reprendre du pouvoir côté candidat Mettre des mots sur ce que l’on ressent permet de sortir de la confusion. Comprendre que ces émotions sont partagées par beaucoup aide à relativiser. L’entretien n’est pas un verdict sur votre valeur. C’est une étape, dans un contexte donné, à un moment donné.